Danses savantes et danses populaires (3/4) : danse et écriture, ou comment entrecroiser mots et mouvements

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Atelier d'écriture © Laurence Prudhomme

Cet article fait partie du dossier Danses savantes et danses populaires : héritages, croisements, remix.

L’objectif de l’atelier était de transposer les problématiques traversées lors du stage par des conférences et des ateliers de pratique, de les remettre en jeu afin de les éprouver autrement, de les interroger à partir d’un autre point de vue, et donc de découvrir de nouvelles facettes à analyser. « Faire retour» , c’est bien « remettre en jeu ».

De la même façon, avec des élèves, après l’expérience d’un atelier de pratique, l’atelier d’écriture vise à revenir de façon sensible sur ce qu’ont vécu les pratiquants pour faire émerger des prolongements et de nouvelles pistes à travers une autre pratique artistique, d’ouvrir aussi une nouvelle créativité.

Au cours de l’année 2016-2017, le PREAC Danse et Arts du mouvement a expérimenté trois dispositifs d’ateliers d’écriture autour de sa thématique annuelle : « Savant-Populaire : héritages, croisements, remix » dans le cadre des formations proposées aux acteurs de l’éducation artistique et culturelle.

Publics concernés

Adultes (secteur éducation) :

  • formateurs EPS, EAC de la maternelle à l’université ;
  • personnes ressources sensibilisées à la danse ;
  • enseignants de toutes matières sensibilisés à la danse.

Adultes (secteur culture) :

  • artistes engagés dans la transmission ;
  • médiateurs des structures culturelles sensibilisés à la danse.

Niveaux

Adaptable au cycle 3, lycée, enseignement supérieur.

Disciplines

Lettres, HG EMC, projet d’EAC pluridisciplinaires.

Compétences développées

  • Mettre en œuvre un processus de création.
  • Utiliser des techniques d’expression artistique adaptées à une production.
  • Réfléchir sur sa pratique.

Lors de ces ateliers, il s’agit de s’appuyer sur l’écriture pour prolonger l’expérience de la formation tout en explorant ce qu’elle propose, de l’individu au groupe, en aller-retour. L’écriture est un terme générique pour dire tout signe ou geste qui fait trace, l’enjeu d’inscrire et transcrire traversant autant la langue que la danse, les arts plastiques, la musique, etc. Les écritures, ici plus particulièrement chorégraphiques et littéraires, peuvent-elles se croiser, se rencontrer et se répondre ? Quelles sont les correspondances entre elles ?

L’atelier décrit ici est un cadre construit par Estelle Dumortier, formatrice lors du séminaire national, qui a choisi de créer un cadre reprenant les notions nommées dans le titre de la formation :

  • héritages : retour sur l’expérience vécue ;
  • croisements : appropriation singulière ;
  • remix : prolongements par une remise en jeu pour créer une forme de restitution.

L’atelier comporte des temps d’écriture, de lecture et de création collective.

À l’occasion de formations « résonances » qui se sont déroulées pendant l’année 2016-2017 dans les académies de Grenoble et Lyon, deux enseignantes en lettres, stagiaires lors du séminaire, ont animé des ateliers d’écriture s’inspirant librement de la version initiale. Il s’agit de Séverine Allorent et Alexandra Corbalan.

CADRE COMMUN AUX TROIS ATELIERS D’ÉCRITURE

L’activité se déroule en trois étapes.

Retour sur ce qui a été vécu (nos héritages).

Dans cette étape, il s’agit  de construire une base commune. Les stagiaires proposent d’abord des mots, « traces » de l’expérience vécue précédemment. Ils sont notés sur un tableau. Cette collecte sera la matière commune qui sera retravaillée (partir d’une matière commune, comme lors des ateliers de pratique).

Favoriser des appropriations singulières (nos croisements)

Dans cette étape, suit un temps d’écriture personnelle :

  • dans un premier temps (12 minutes), chacun écrit un premier texte à partir de la base commune ; la forme est libre, en prose, en vers, « poétique » ou pas ; consigne : écrire de façon aérée pour laisser de la place entre les lignes ; suit un temps de lecture : chacun lit son texte, sans retour, comme une chambre d’écho ;
  • dans un second temps (10 minutes), chacun va faire évoluer son texte, dévoiler un sous-texte.

Pour cette étape d’appropriation/croisements, il  s’agit de tenter de révéler un sous-texte dans notre texte, comme si on soulevait, découvrait un secret.

Pour élaborer les consignes d’écriture, Estelle Dumortier a choisi de reprendre ce que Yuval Pick[1] a défini lors des ateliers de pratique comme des fondamentaux dans les danses populaires (voir article Ateliers de pratique) :

  • l’« espace entre » ;
  • le « corps imaginaire » ;
  • l’organisation spatiale ;
  • les trajectoires spatiales ;
  • les rythmes.

Chacun choisit une de ces consignes pour écrire un nouveau texte sur la base du premier.

  • Entre les lignes (« espace entre » / imaginaire)

Un nouveau texte vient s’intercaler entre les lignes du texte initial. Entre les deux premières lignes du texte, on imagine un nouveau vers qui vient s’intercaler.

  • Constellation (organisation spatiale et trajectoires spatiales)

Deux propositions :

– fermer les yeux puis les ouvrir ; le premier mot qu’on lit est celui qu’on garde ; prendre des mots ou groupes de mots, puis les relier, les tramer, pour écrire un nouveau texte ;

– considérer le texte comme un espace et le lire autrement, en liste par exemple (en prenant les premiers mots de chaque ligne) ou selon une autre organisation de l’espace qu’il occupe (en diagonale, en cercle par exemple) ; à partir de là, on crée un nouveau texte.

  • Ponctuation (rythme)

La ponctuation est un marqueur de rythme et de sens. C’est une découpe dans le texte. Le sens va au-delà. Prendre le mot ou groupes de mots précédant un point et le mot ou groupes de mots suivant un point : c’est une phrase et elle dit quelque chose d’étrange, de bancal, de surprenant. Elle ouvre de nouvelles perspectives pour écrire un nouveau texte.

Prendre un peu de temps pour se relire. Peut-être qu’il sera nécessaire de relier les vers entre eux, trouver des correspondances et donc ajouter, enlever, ré-écrire. Il ne faut pas trop dénaturer non plus la « surprise » et l’étrangeté du texte qui s’est écrit.

Prolongement : création en groupes (nos remix)

Lors de cette étape, c’est le temps de construire une expérience de lecture chorale des textes écrits mise en espace, d’une durée approximative de deux minutes.

On constitue des groupes de cinq-six personnes en veillant à mêler des textes créés à partir de consignes différentes (entre les lignes, constellation, ponctuation).

À la liste de fondamentaux proposés par Yuval Pick, on ajoute les notions d’unisson (faire ensemble) et d’écoute comme pistes de travail.

Vous pouvez accédez à trois documents qui détaillent les trois versions de cet atelier :

  •  un premier document décrypte plus précisément les intentions et les étapes de cet atelier créé par Estelle Dumortier ; il est plutôt à destination d’un public aguérri ;
  • Alexandra Corbalan contextualise ensuite et explicite sa démarche, puis décrit une proposition plutôt à destination d’un public lycéen ;
  • enfin la fiche conçue par Séverine Allorent décrit sa proposition, adaptable dès le cycle 3.

[1] Artiste intervenant lors du séminaire, directeur du Centre chorégraphique national de Rillieux-la-Pape.

LES AUTEURES

Estelle Dumortier : poète, danseuse, chorégraphe, animatrice, en région Rhône-Alpes, de l’association culturelle La Traversante ; organisatrice d’ateliers de danse, d’écritures, de lectures, performances, expositions, mises en scènes… latraversante@gmail.com

Séverine Allorent : enseignante en lettres au lycée Colbert à Lyon, professeure-relais missionnée auprès de la Maison de la Danse.

Alexandra Corbalan : enseignante en lettres au lycée Pierre-du-Terrail à Pontcharra (Rhône), professeure-relais pour le département de la Savoie.