Danses savantes et danses populaires (2/4) : une approche contemporaine des danses populaires

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Cercle © Laurence Prudhomme

Cet article fait partie du dossier Danses savantes et danses populaires : héritages, croisements, remix.

Lors du séminaire national du PREAC Danse et Arts du mouvement qui s’est tenu en septembre 2016, Yuval Pick – danseur, chorégraphe et pédagogue, directeur du Centre chorégraphique national (CCN) de Rillieux-la-Pape – et les danseurs de sa compagnie ont proposé de revisiter certains des fondamentaux des danses populaires pour en faire le point de départ de nouvelles créations.

Sur la base d’une danse d’ensemble inventée par les artistes, reprenant ce qu’ils considèrent comme les fondamentaux, les danseurs intervenants ont proposé des expérimentations pour la développer, se l’approprier, la transformer. Il s’agit de traverser ensemble un parcours de danse collective nourri par une playlist de tâches, de musiques et de défis.

Nous avons fait le choix de présenter ici les contenus d’un de ces ateliers, proposé par Jéremy Martinez, alors danseur du CCN de Rillieux-la-Pape, lors de formations dites « résonances » à ce séminaire qui ont eu lieu entre novembre 2016 et avril 2017.

Publics concernés

Adultes (secteur éducation)

  • formateurs EPS, EAC de la maternelle à l’université ;
  • personnes ressources sensibilisées à la danse ;
  • enseignants de toutes matières sensibilisés à la danse.

Adultes (secteur culture)

  • artistes engagés dans la transmission ;.
  • médiateurs des structures culturelles sensibilisés à la danse.

Niveaux

1er degré, collège, lycée, enseignement supérieur.

Disciplines

EPS, atelier de pratique dans le cadre d’un projet d’EAC.

Compétences développées

  • Enrichir le répertoire de formes corporelles et la qualité du mouvement.
  • Interagir avec ses partenaires par une communication non verbale (écoute).
  • Mobiliser son imaginaire et sa créativité.
  • Assumer des rôles variés au sein du groupe.

Yuval Pick, danseur, chorégraphe et pédagogue, directeur du Centre chorégraphique national de Rillieux-la-Pape, artiste associé à la construction de ces formations, a grandi en Israël. Enfant, il a rencontré la danse par la pratique des danses collectives populaires.

Certains de ses écrits nous éclairent sur l’approche qui est la sienne. Pour lui, les danses populaires témoignent de valeurs et de positionnements essentiels concernant notre rapport à l’espace commun. Son travail de création est fondé sur plusieurs éléments caractéristiques de ces danses :

  • l’organisation spatiale ;
  • les trajectoires spatiales ,
  • l’« espace entre » ;
  • les rythmes ;
  • le contact ;
  • la notion d’unisson pour questionner les relations entre le collectif et l’individuel.

Il considère que la musique est un élément fondamental dans l’élaboration des danses d’ensemble et qu’elle est fédératrice, menant au rassemblement. De nos jours, l’écoute de la musique s’effectue le plus souvent grâce à des playlists que chacune et chacun compose personnellement. En métissant les musiques contemporaines et les fondamentaux des danses traditionnelles, nous pouvons explorer des façons différentes d’élaborer de nouvelles danses d’ensemble en utilisant des playlists inédites. Pour Yuval Pick, le but, maintenant, est de « transformer ces expériences sensibles, ce processus de partage, en matière propice à nourrir une approche pédagogique, afin d’enrichir son mode de transmission et son processus créatif. »

Les ateliers sont bâtis en trois temps.

PREMIER TEMPS : ÉCHAUFFEMENT ET MISE EN DISPONIBILITÉ CORPORELLE

Il s’effectue autour de notions clés du travail de Yuval Pick :

  • le « corps imaginaire » ;
  • le « corps matière ».

Le corps est mis en mouvement à partir d’une tâche simple, la marche, qui se transforme avec des images données par l’artiste intervenant :

  • des bulles qui parcourent le corps ;
  • marcher sur de la mousse ;
  • nager dans une eau très chaude ;
  • l’espace devient « de la cancoillotte » ;
  • écraser du raisin sous ses pieds ;

DEUXIÈME TEMPS : LA DANSE D’ENSEMBLE, LA PHRASE COMMUNE ET SES « REMIX »

À partir d’un matériau commun, « une matrice commune » pour danser ensemble, on va effectuer une expérience consistant à « colorer » la danse en agissant sur divers paramètres : musique (vitesse et style), espace, relations entre les danseurs, imaginaire. Ce sont comme des « filtres qu’on poserait sur la danse ».

  • L’apprentissage : les danseurs se tiennent par les mains, la phrase est apprise en cercle, sans musique, avec une gestuelle et des comptes précis.
  • La playlist : la phrase est dansée en cercle en se tenant par la main sur des musiques très variées (tempo, style). Il s’agit de se laisser influencer par cette « couleur ». La gestuelle se trouve ainsi modifiée. « Chaque musique donne des costumes différents et un style : la danse est habillée. »
  • L’expérience du guide : on danse en farandole. Le 1er de la chaîne est le guide, qui va donner le départ, la vitesse, les directions dans l’espace. « C’est comme un guide de haute montagne, il est responsable du groupe. » Puis on expérimente des variations : changement de personne sans arrêter la danse, changement de vitesse. Dans cette expérience, il est question de guider, se laisser guider, prendre une responsabilité, être à l’écoute, changer de rôle.
  • Jouer avec  l’« espace entre » (les danseurs).

Expérience 1 Expansion du cercle : en cercle, ensemble à l’écoute,  on « expanse »  le cercle (on s’éloigne les uns des autres), puis on le rétrécit (jusqu’à être en contact par les épaules). Dans un second temps, on déstructure le cercle : chacun peut s’arrêter où il veut sur le trajet (centre-périphérie), puis reprendre sa place dans le cercle quand les autres repassent.

Expérience 2 Restructuration du cercle : en cercle, au lieu de sa prendre par les mains, on expérimente des contacts variés avec ses voisins (coude-genou, tête-buste, main-pied, etc.), et on reprend la danse en gardant ces « prises » sur le corps des deux autres.

Expérience 3 : même principe en duo (ou trio). On prend deux prises sur le corps de l’autre et on fait la danse en conservant ces contacts. Comment se réorganise-t-on ?

  • « Colorer » la danse par l’imaginaire : on introduit des images qui vont transformer la danse.

« LE SCRATCH » : en musique et spécialement dans le rap, le scratch (ou scratching) est un procédé consistant à modifier manuellement la vitesse de lecture d’un disque vinyle sous une tête de lecture de platine vinyle, alternativement en avant et en arrière, de façon à produire un effet spécial. Le groupe choisit un geste ou un court extrait de la danse qui sera « scratché »  dans le corps.

  • « POP CORN » : la danse se transforme en utilisant cette image. Idée de crépitements, d’une énergie graduelle (d’un non-retour jusqu’à explosion). Cette situation permet à chacun d’explorer son individualité, son propre imaginaire.

Retours, échanges

  • Comment chacun négocie-t-il avec les paramètres suivants ?
    • L’autre / Les autres.
    • L’espace.
    • Le rythme.
    • La contrainte physique liée à la structure qu’on a créée (diversité des prises).
    • La musique.
    • Entrer dans l’imaginaire. C’est le plus compliqué. Pourtant il est très important de le vivre et le faire vivre. Que va transformer une image ? Quel vont être les impacts de cette image sur la danse ?  Il est nécessaire de laisser la place à chacun avec son propre imaginaire, ce qui permet de « colorer » la danse d’ensemble.
  • Bien choisir la musique en rapport à l’image proposée, ce qui va aider, guider.

TROISIÈME TEMPS : EXPÉRIMENTER UNE FORME DE CRÉATION / RESTITUTION

Pour un groupe d’une vingtaine de personnes, il s’agit de créer tous ensemble un collage de toutes les expériences pour expérimenter une petite forme /une  structure. 

L’intervenant propose une partition (il dit « échafaudage ») composée de cinq moments (qu’il appelle des « post-it ») qui vont être enchaînés (« collés les uns après les autres »).

Il s’agit de se lancer dans l’expérience sans répétition (« Il faut  imaginer que ça fait deux mois qu’on répète ! ») puis de trouver comment passer d’une chose à l’autre en direct et sans se parler  !

Temps 1

En silence, marche dans tout l’espace, arrêt à l’écoute du groupe, on repart, arrêt à l’écoute. On le fait plusieurs fois jusqu’à arriver en grand cercle. On trouve la solution par les yeux et le corps. Puis on fait une fois la phrase tous ensemble.

Musique choisie et lancée par l’artiste intervenant.

Temps 2 

Expansion du cercle / rétractation, trois fois et, à la 3e, restructuration du cercle (prises sur le corps des deux autres). On fait la phrase dans la structure construite.

Temps 3

La danse en duos (trio) : une fois main dans la main puis changer les prises sur le corps de l’autre. À reproduire trois fois avec trois partenaires différents.

Temps 4

On reforme les deux groupes (on reprend ceux qui avaient été organisés pendant l’atelier) :

     – un groupe  SCRATCH  en cercle ;

     – un groupe FARANDOLE avec changement de vitesse et espace.

Temps 5

On se retrouve tous pour reformer le cercle et on fait la phrase « POP-CORN » jusqu’à la fin de la musique.

Retours, échanges

  • Il est difficile de tout mémoriser.
  • Ce n’est pas grave de ne pas y arriver… parce que c’est pratiquement impossible comme tâche ! Ce qui m’intéresse, là, c’est justement que le groupe soit livré à lui-même, et la façon dont, tous ensemble, les participants vont se débrouiller avec ça. Comment ne pas passer par les mots ? Comment faire confiance au groupe pour une mémorisation collective ? (« Je peux compter sur les autres. ») Comment le groupe se construit-il par l’écoute ? Il est très important de ne pas parler.

La situation crée de l’imprévu, lequel laisse une place à la créativité de chacun et du groupe.

Pour une présentation plus détaillée de l’atelier, voir ce document.

Des propositions d’ateliers d’écriture reliés à cet atelier de pratique sont disponibles (cf. Danses savantes et danses populaires (3/4) : danse et écriture, ou comment entrecroiser mots et mouvements ) pour envisager des prolongements.

II/ Récolter du son

Objectif 
Écouter et récolter des sons et de la parole, écouter ce qui nous entoure :

  • prise de son d’ambiances ;
  • interviews ;
  • enregistrer ce que l’on voit comme audiodescription  ;
  • carte postale sonore.

Références
Gilles Malatray, Pierre Redon, Jean-Paul Thibaud.
Documentaires sonores :  Arte Radio, « Les Pieds sur terre » sur France Culture.

L’AUTEURE

Anouk Médard est professeure d’EPS, chargée de mission Danse et Arts du Cirque à la DAAC de Lyon, coordinatrice du PREAC Danse et Arts du Mouvement Auvergne Rhône-Alpes